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Àdria Puerto i Molina – La culture chevillée au corps

Second volet de la rubrique-portraits qui met en lumière des personnes qui travaillent ici au Grütli, le plus souvent dans l’ombre et dont on ne connaît pas ou peu la fonction.
Pour ce numéro, nous vous présentons Àdria Puerto i Molina, responsable billetterie et chargée de production.


En voilà une qui porte un très joli nom, Àdria Puerto i Molina. Et ce nom contient en lui-même une série de signes qui la définisse ; son origine d’abord de València en Espagne. Et puis il y a cet accent sur le A de Àdria et aussi le i entre les deux patronymes, deux petits marqueurs légers qui disent beaucoup parce qu’ils indiquent une origine catalane. Ça n’a l’air de rien, mais c’est important. Avant de vous expliquer pourquoi, rembobinons un peu.

Àdria arrive à Genève il y a 10 ans avec dans sa besace des études en publicité et relations publiques, trois ans à Londres où j’ai fait plein de petits boulots et je me suis beaucoup amusée et une incursion de quelques mois à Amsterdam.

De retour à València, elle entreprend une formation en production audiovisuelle et de spectacles. Mais elle a la bougeotte et lorsqu’on lui offre la possibilité de venir à Genève pour travailler dans une entreprise qui s’occupe d’études de marché et d’analyse du monde télévisuel, elle n’hésite pas un instant, elle plaque tout et débarque dans la cité de Calvin.

Après quelques temps dans cette entreprise, c’est grâce à Marilù Calì, chargée de communication du Grütli, qu’elle met les pieds pour la première fois dans la maison ; elle commencera par distribuer, devant les autres lieux culturels de la ville, les flyers des spectacles qui se jouent ici. Petit à petit, elle trouve sa place dans le milieu parfois fermé de la culture genevoise : d’assistante de coordination à l’accueil des invités au Festival Filmar, en passant par la billetterie de plusieurs éditions de La Bâtie, d’Antigel et du NIFF à Neuchâtel. Puis, encore dans l’accueil des professionnelles au festival nyonnais Visions du Réel. En tout, 5 ans de festivals !

Àdria estime que bien accueillir les gens, c’est assez complexe, qu’il faut avoir ça dans le sang, dans sa personnalité.
La personne à la billetterie est la première que tu croises quand tu arrives, c’est précieux cette première impression que tu as sur un lieu, être bien ou mal accueillie, ça peut conditionner la suite, même l’impression que la spectatrice aura du spectacle.

Aimer les gens et être patiente, gérer sa propre humeur, qu’elle soit bonne ou mauvaise, c’est pareil aussi pour le public. L’importance des relations humaines, c’est quelque chose qu’Àdria place au centre de toute chose. D’où son aisance et son sourire lorsqu’elle travaillait à la caisse les soirs de spectacles et la facilité avec laquelle elle entre en relation avec les artistes qu’elle accompagne en production désormais. Et ce, malgré qu’elle dise ne pas bien parler le français (sic !), être à la billetterie m’a permis de l’améliorer et de pratiquer, ça me tient à coeur de bien parler et écrire.

La langue justement, ou plutôt les langues. En Espagne, il y a quatre langues et donc quatre identités culturelles ; la Catalogne, le Pays basque, la Galice et la Castille. Avec son passé franquiste, l’État central n’embrasse pas forcément la pluralité culturelle du pays.
Je fais partie d’une identité culturelle minoritaire et minorisée, alors je me bats pour qu’elle reste vivante.

À València, elle faisait partie de collectifs qui tentaient de récupérer des traditions mises de côté.
Par exemple, à Noël, nous faisions appel aux personnes âgées du village pour qu’elles nous apprennent à faire les pâtisseries de Noël en utilisant les noms authentiques valenciens, des mots que ma grand mère utilise encore mais qui sont perdus par les jeunes à cause de la forte influence du castillan. On a répondu face à la privatisation de fêtes comme Les Falles de València avec une proposition de fête ouverte et autogérée où on récupère l’esprit populaire avec des activités gratuites et participatives dans les places et l’espace public ; la musique, la danse, le chant et le concours de paella sont toujours au programme !
Il y a aussi les traditions orales et écrites, la poésie, la littérature et le théâtre, une richesse qui est vivante et qu’il faut conserver. Si elle était venue vivre en Suisse alémanique ?
J’aurais appris le suisse allemand !

Alors cet accent sur le A de Àdria et le i entre Puerto et Molina, c’est une sorte d’acte de résistance, un acte politique pour marquer d’où elle vient et quelle est son origine. En plus d’être responsable de la billetterie, Àdria s’occupe de la production depuis quelques mois, c’est-à-dire d’accompagner les projets et les artistes.
Je suis une personne carrée, j’aime bien organiser les choses, comprendre comment ça fonctionne de manière globale et j’ai du plaisir à le faire.
Aider, guider, pour que les artistes se sentent bien ici et pour que tout se passe bien au plateau.

Parmi les spectacles qu’ils l’ont marquée, elle cite Vielleicht dont le récit de lutte l’a beaucoup touchée, parce que leur victoire, c’est ma victoire.
Ainsi que Tierras del Sud, l’histoire du peuple Mapuche originaire d’une terre dont il a été dépossédé, la relie à ce que ses proches vivent au quotidien, dans une autre mesure bien entendu, mais je me suis sentie très proche de cette histoire.
Pour le côté sensoriel, elle choisit Hammaturgia et Mer Plastique pour son onirisme et sa grande charge visuelle.
Sinon, dans son temps libre, elle fait beaucoup de montagne, elle souligne le privilège qu’elle a de vivre ici, à côté de paysages hallucinants. Sa dernière grande randonnée a été le tour des Dents du Midi en cinq jours : la randonnée, c’est ma méditation. Juste respirer, écouter mes pas et approcher le sommet, c’est mon moment à moi.

Alors oui, parfois, la mer, le Sud et sa lumière lui manquent, mais elle mesure aussi combien elle se sent bien ici et comment elle a réussi à y créer sa vie d’adulte. Rentrer ? Pourquoi pas, plus tard, si son travail ici ne fait plus sens pour elle. Mais pour le moment, elle est là et bien là.
Femme souriante au regard franc et sincère, Àdria sait mettre les autres à l’aise avec douceur. Discuter avec elle de tous ces sujets me fait réellement comprendre l’importance que revêt pour elle le fait d’être ici, dans ce lieu et dans cette ville et me relie en quelque sorte à mon histoire personnelle.
Avant de nous quitter, elle me lance dans un éclat de rire : menos mal que me quedé, porque mirame ahora ! *

Barbara Giongo

*C’est une bonne chose que je sois restée, regarde-moi maintenant !