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« Quand notre discussion aborde
des sujets plus intimes
et personnels, elle a ce joli geste
de poser sa main sur son coeur,
de prendre une grande respiration
avant de poursuivre. »

Elle vient là le soir, la nuit, quand tout est fini, que les plateaux, les salles et les loges se sont vidées. Je la rencontre à la sortie d’un spectacle de La Bâtie, je suis encore un peu sonnée par la danse vibrante d’Israel Galván, on se retrouve au 2e étage de la Maison des Arts du Grütli (MAG).

Fatima Ribeiro, c’est la femme de ménage du Théâtre du Grütli et des studios de l’ADC depuis 22 ans maintenant.
Elle fait partie de la multitude des travailleuses de l’ombre qui peuple les théâtres et en plus, elle va partir Fatima, elle retourne au Portugal après 30 ans de vie en Suisse, heureuse et amoureuse à 59 ans.

Alors, on avait envie de tenter de faire son portrait, en guise de remerciement pour toutes ces années de travail.

Une histoire de femme, semblable à celle de beaucoup d’autres femmes, avec l’immigration en plus, un peu de mal du pays et une vie pas toujours simple.

Fatima à l’oeil rieur et un sourire quasi permanent sur les lèvres. Elle est aussi toujours presque au bord des larmes et quand notre discussion aborde des sujets plus intimes et personnels, elle a ce joli geste de poser sa main sur son coeur, de prendre une grande respiration avant de poursuivre.

Elle a connu quatre directions successives ici au théâtre, de Philippe Lüscher à Frédéric Polier, en passant par Michèle Pralong et Maya Boesch, elle en a vu des équipes changer, des plateaux se transformer.

Elle arrive à Genève en 1990, deux jeunes enfants à ses basques, pour rejoindre son mari qui avait enfin obtenu son permis C. Elle est femme au foyer et mère, mais elle a la bougeotte. « Un jour, je suis partie, c’était ma décision » raconte-t-elle avant de me dire avec franchise ce qui s’est passé et qui a motivé cette rupture. Il en a fallu du courage pour faire ça, elle s’est bagarrée et a pris sa vie en main.

Après avoir travaillé dans une usine de nuit, puis chez des privées, elle commence au théâtre en 1998. Quand je lui demande si elle n’a pas peur d’être seule la nuit dans ce lieu, elle me dit que non et ajoute qu’en tant que croyante, elle parle à Dieu qui l’accompagne, elle le remercie d’être heureuse et en bonne santé, le temps passe et tout va bien. Elle aime être là, personne ne l’embête, elle fait son boulot tranquille et même si des fois elle a eu quelques surprises nocturnes — un mannequin sur le plateau qu’elle a pris pour une vraie personne — elle en rit et passe à autre chose.

À cause du temps et du travail, ses relations avec ses enfants se sont un peu distendues, mais depuis qu’elle a rencontré Luis, elle est plus décidée que jamais ; c’est au Portugal qu’elle le retrouvera bientôt, dans une maison de campagne à quelques minutes de l’océan, avec un chien, des poules et un beau jardin. « Quand je suis là-bas, je ne fais rien, c’est bien. »

Elle sera aussi plus proche de sa famille, ses frères et soeurs et sa mère, 86 ans, dont elle me montre une photo. Je suis surprise par cette image d’une femme fière et belle, en jeans, t-shirt blanc et bob vissé sur la tête, presque une gamine ; mère de 6 enfants, à la mort prématurée de son mari, elle les envoie travailler aux champs, c’est dur, elle est dure et sévère, Fatima se marie donc à 19 ans pour échapper à ça.

Des photos, elle en a des centaines dans son téléphone, elle me les montre joyeuse, des enfants, des amis, son homme, mais aussi son appartement à Genève et sa maison au Portugal ; elle aime faire de la déco, c’est un peu sa passion quand elle ne travaille pas. Et le dimanche, c’est repos, parce que c’est dimanche.

Le confinement — une épreuve de plus — pendant lequel elle reste enfermée chez elle, lui donne un nouvel élan. C’est là qu’elle décide de repartir au Portugal et d’y refaire sa vie : « ce n’est pas la peine de travailler beaucoup et de faire des économies… et je suis aussi amoureuse, alors c’est maintenant ou c’est jamais. On vieillit, on ne sait pas si on va arriver à la retraite. Ma décision, c’est ça. »

En la laissant après avoir fermé mon bureau et récupéré mes affaires, je me dis que Fatima est une femme qui sait cueillir les opportunités quand elles arrivent, qui a la force de négocier les virages que l’existence dresse sur son chemin ; et même si ceux-ci ont été dessinés par la douleur ou le tourment, elle les attaque de front, sans se départir d’un énorme espoir teinté de mélancolie. C’est sans doute ça qu’on appelle saudade en portugais.

Barbara Giongo

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