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Old Masters, la puissance de l’absurde et de la banalité

Le collectif Old Masters présente deux pièces au Grütli dans le cadre de La Bâtie – Festival de Genève : la création Bande originale, et la reprise de Fresque, leur 2e projet créé en 2016 au Théâtre de l’Usine.

Rencontre avec le trio Marius Schaffter, Jérôme Stünzi et Sarah André.

Depuis 2016, le collectif tisse au fil des spectacles un éloge de la banalité, une dissection de la puissance poétique et subversive qui se cache dans les petits riens. Leurs armes favorites ? L’absurde, la sincérité, la bienveillance, la beauté, la tristesse et la douceur.

Marius et Jérôme se connaissent depuis l’enfance. Pour un projet sur la nature morte, ils écument les musées et observent avec humour les peintures anciennes qui abordaient la perspective avec quelques difficultés, « ou de la créativité » corrigent-ils. En clin d’oeil, ils créent leur jeune compagnie avec le nom de Old Masters.

Leur premier projet, Constructionisme, devait être un one shot : une conférence performée pour l’inauguration d’une nouvelle faculté à l’UNIGE. Ils décident d’analyser un objet bricolé par leurs soins comme s’il s’agissait d’une oeuvre majeure : « On a construit n’importe quoi, et ensuite on a dit n’importe quoi, et ça nous a bien plu. » Le pari de l’absurde séduit. En 2015, le projet remporte le concours Premio (organisé par le Pourcent culturel Migros et destiné aux jeunes compagnies de danse et de théâtre) puis débute une belle tournée en Suisse et à l’étranger.

En parallèle, ils soumettent l’idée de Fresque dans le cadre d’un appel à projet du Théâtre de l’Usine. Après avoir disséqué et analysé un petit objet, ils changent d’échelle : l’idée est de parler d’un objet monumental « entre un mausolée et un temple, qui soit tout à la fois une oeuvre d’art, un objet d’étude et un lieu de vie. » Mais les deux compères n’ont pas d’expérience d’écriture, alors ils convient Sarah à collaborer ; « car j’avais écrit huit phrases dans un bouquin. », complète t-elle. « On a dû inventer une manière collective de te faire écrire », poursuit Marius. Leur marque de fabrique est de ne jamais nouer de collaborations sur des compétences effectives, mais sur des envies communes et des intuitions, et de laisser libre champ.

Le trio se consolide avec l’arrivée de Sarah. Ils vivent l’expérience du collectif comme un engagement, une manière de vivre et de travailler assez radicale. « Il y a souvent une tendance à la personnalisation dans les arts. On souhaitait sortir de l’idée de la personne providentielle. Dans toute création, l’expérience du collectif c’est ce qui est le plus proche de la vérité. »

Fresque est donc le deuxième projet des Old Masters, et le premier du trio. Au centre du dispositif, un objet, sorte de meuble-bibliothèque, autour duquel se tissent les interactions entre deux personnages, Charlotte et Linus. L’objet est un support relationnel. Les deux personnages ne parlent que de l’objet, se parlent à travers l’objet. « C’est une situation prototypique : la façon dont on se relationne avec les objets dit quelque chose sur la façon dont on se relationne avec d’autres. Dire ‘Je trouve que c’est très réussi ’, c’est dire ‘ Tu me plais ’. » Pour les Old Masters, les affects sont des choses fondamentalement politiques. « Les affects sont parfois niés par une approche trop rationnelle ou trop mentale. Les gens parlent beaucoup de ce qu’ils pensent, mais pas vraiment de ce qu’ils ressentent. Dans notre travail, on parle au contraire de ce que telle ou telle chose que l’on a créé – que ce soit des objets, des textes ou des situations – nous fait ressentir. On s’intéresse peu à ce que ça raconte théoriquement, mais on se demande ‘ Qu’est-ce que ça me fait ? Quand tu dis ça, ça me fait rire ’ ou ‘Je trouve ça touchant ’. »

Chez Old Masters, une pièce de théâtre est une oeuvre d’art totale. L’esthétique est souvent insolite, toujours radicale. « On met au centre l’expérience, même si le dispositif est hyper classique : les gens sont assis, ils n’ont rien à dire. » C’est l’utilisation de ce code classique, offrant un certain confort à la spectatrice, qui leur permet de développer des oeuvres exigeantes, souvent absurdes, parfois difficiles à situer entre réflexion philosophique et satire malicieuse.

Le dernier opus, Bande originale, a pour point de départ l’oeuvre musicale crée par Nicholas Stücklin, une bande originale de neuf instruments où chaque partition tisse un récit propre. Sur scène, trois présences discrètes, à la fois ultimes survivantes d’après l’apocalypse et ancêtres postnéolithiques, déroulent dans un texte surtitré un discours entremêlant revendications politiques, constats philosophiques et récits biographiques. Pourquoi avoir choisi d’être toutes les trois sur le plateau pour ce projet ? « Ça s’est vite imposé lors de la création des masques. Ces trois personnages qui vivent dans cette grotte et racontent tout ça, en fait c’est nous. C’est un effet d’autobiographie du collectif. »

Les projets se construisent à six mains. Les idées sont collectives, l’écriture part du travail sur le plateau, mais la répartition des rôles s’établit de manière « à peu près claire » au moment des prises de décision : Jérôme se charge de la scénographie, Sarah du texte, et Marius de la production et de l’organisation. Et la mise en scène ? « Elle est partagée entre tout le monde, chacun à sa distance » : Marius est sur le plateau (jeu), Sarah en est proche (texte, mouvements), et Jérôme plus à distance (lumière, son, musique).
Une répartition qui finalement évolue, car depuis Le Monde (2019) et Bande originale (2021), tout le monde est sur le plateau, et l’habitude laisse place à une nouvelle fluidité. « On a une façon très organique de travailler ensemble, on prend la place qu’on se sent de prendre, et c’est assez merveilleux. » dit l’un. « Faire un spectacle, c’est une infinité de choix. Comme tous les humains, on a très peur de faire des choix, mais c’est pas les mêmes choix qui nous font peur. » ajoute l’autre. « On a des caractères très différents, mais on a les mêmes goûts. La base pour que ça fonctionne, c’est qu’on a envie de faire le même spectacle. », concluent elles.

Anne-Claire Adet