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Ondes de résistance

Le 17 septembre dernier, vous y étiez peut-être, le Grütli était en ébullition.
Il y avait Rokhaya Diallo et Grace Ly venue de Paris, avec leur productrice Naomi Titti.
Autour d’elles, les créatrices du spectacle Vielleicht, Safi Martin Yé, Noémi Michel et Cédric Djedje. Et nous toutes !
La salle était comble et vibrante.

Pour écouter le podcast c’est ICI.

Kiffe ta race au Grütli, quelques moments choisis et retranscrits.

Identités noires, définition
Si vous écoutez de temps en temps le podcast Kiffe ta race, vous connaissez la question rituelle du début de chaque épisode. Grace et Rokhaya demandent à leurs invitées si elles se situent sur le plan racial. Et pour illustrer leur question, elles précisent : Grace est perçue comme une femme asiatique et Rokhaya comme une femme noire. Cette simple introduction donne le ton, allège l’esprit et installe un climat bienveillant.
Alors Cédric, Safi et Noémi nous donnent les mots qui les définissent le mieux. Cédric se dit noir, mais depuis quelques années il se dit afropéen. Safi avait l’habitude de se dire métisse. Maintenant, elle dit qu’elle est afrodescendante, suissesse et burkinabée. Noémi dit qu’elle est une femme noire, enfant de parents immigrés en Suisse, une mère hongroise et un père haïtien. Elle précise qu’elle est perçue comme une femme noire à la peau claire.

Prises de conscience et fierté
Autre question rituelle à Kiffe ta race, Grace et Rokhaya demandent aux invitées de parler du jour où elles ont pris conscience du racisme. D’abord, il faut dire que le champ lexical évoquant les personnes non-blanches s’est nettement développé. Grâce aux autrices, aux penseuses, grâce aux mouvements sociaux, on est sorties du duo binaire et réducteur noir ou blanc. Cédric Djedje raconte avec humour qu’il a peu de chance d’oublier qu’il est noir tant il le voit dans le regard des autres. Il a adopté le terme d’afropéen en lisant Léonora Miano et Johny Pitts entre autres.
Noémi Michel tient à évoquer les deux facettes de sa prise de conscience. Il y a le déclencheur négatif, pendant l’enfance. Elle rêvait de faire du ballet pour porter un tutu. Mais on lui a fait savoir qu’elle ne correspondait pas aux standards de la danse classique. Mais il y a aussi la fierté de participer à une tradition de résistance planétaire. Fierté, tradition de résistance que reprend Rokhaya à son compte un peu plus tard dans la discussion. Dans une interview, j’ai entendu Kayije Kagame dire que c’est une double force d’être une femme noire.
La culture de résistance se loge jusque dans les détails du quotidien, Noémi raconte la soupe de l’indépendance haïtienne qu’elle mangeait, enfant.
Safi Martin Yé, elle, a vécu à Genève, au Burkina le pays de son père, puis en Valais. Là, elle a pris conscience de la problématique raciste à 7 ans, à l’école primaire, au cours d’un jeu d’enfants anodin.

Résistance énergétique
Aujourd’hui encore, certaines peinent à croire que le racisme soit si présent. Alors, pour en parler, pour convaincre, il faut raconter les remarques, les gestes, les situations. Mais les personnes qui partagent leur expérience du racisme font ainsi remonter ces blessures.
Je repense à ce livre stupéfiant signé par un collectif de comédiennes françaises, Noire n’est pas mon métier, où elles racontent les anecdotes douloureuses et choquantes qui jalonnent leur parcours professionnel.
Safi Martin Yé confie qu’elle choisit très précisément les projets auxquels elle participe, les discussions publiques auxquelles elle prend part. Pour ne pas évoquer ces histoires douloureuses à tout bout de champ, pour ne pas se laisser enfermer dans une case, pour briser le plafond de verre. J’ai envie d’aller de l’avant, de réfléchir à ce qu’on peut proposer comme afrodescendantes. Ma réponse à moi, c’est mettre mon énergie au service de l’art.
Noémi Michel conclut avec cette formule très stimulante : Pour moi l’antiracisme, c’est une question de résistance énergétique. Il faut réfléchir stratégiquement où et envers qui on oriente notre énergie. On doit décoloniser les oreilles du grand public en Suisse. Aujourd’hui, la balle est dans le camp des personnes non-noires : écouter les récits, voir les spectacles, lire les articles qui traitent de ces questions. Écouter et entendre, une bonne fois pour toute.

Laura Sanchez

Afropéen : mot-valise, formé par la fusion des adjectifs africain et européen, se dit d’une personne issue d’une double culture, africaine et européenne.
Afrodescendant : personne descendante des victimes de la traite négrière partout dans le monde.
Léonora Miano, Afropea : utopie post-occidentale et post-raciste, éditions Grasset, 2020, rééd. Pluriel, 2021
Johny Pitts, Afropean : Notesfrom Black Europe, Allen Lane Publishing, 2019
Noire n’est pas mon métier, ouvrage collectif sur une idée d’Aïssa Maïga, éditions du Seuil, 2018, rééd. Points, 2021