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Parlez-moi d’amour

Je suis à Lugano, au Festival International de Théâtre*, invitée à écrire sur une thématique qui relie les
spectacles présentés : sur l’amour et sur autre chose, dell’amore e di altre cose, un magnifique thème.
Sentiment désuet ? Peut-être. Pour quelques lignes elles aussi désuètes, et consciemment un peu naïves, mais je me lance.

Ce que me révèle soudain cette demande, c’est que c’est bien d’amour qu’il s’agit, d’ennamourement, et de désamour aussi. Car nous le voyons depuis quelques semaines, le public qui venait nombreux auparavant spontanément se fait plus rare. En temps de restrictions, pas de place pour la spontanéité. Une soirée désormais, ça se prépare beaucoup plus qu’avant, ça demande une organisation complètement différente, et forcément, ça peut couper l’envie. Et cette longue période de disette nous a fait peut-être rompre avec nos vieilles habitudes.

Comment faire pour que le public retrouve cette flamme, ce désir de venir partager une ou deux heures, avec d’autres gens, dans une salle de spectacle ? Comment rallumer la flamme ? Mais surtout : d’où vient ce manque d’envie ? Alors, oui, on peut mettre toute la faute sur les restrictions sanitaires et elles n’y sont certes pas étrangères, loin de là ! Mais il me semble que quelque chose de plus profond s’est mis à l’oeuvre depuis bientôt 2 ans ; une perte de sens et de nécessité, peut-être une peur de la promiscuité, quelque chose qui nous retient chez nous, une facilité, l’impression que le théâtre, ce n’est pas pour nous, qu’on ne va rien y comprendre, l’argent que ça coûte en plus**… ce n’était déjà pas évident avant, alors maintenant, le spectacle ne fait plus du tout partie
de la carte des possibles.

Comment faire pour qu’aller au théâtre fasse partie de nos choix lorsqu’on planifie une soirée ? Cinéma, restaurant, soirée chez les copines… Il me semble que pour beaucoup de gens le choix du théâtre ne fait pas partie de cette liste. Et c’est vraiment dommage.
Et pourtant, s’asseoir à côté d’inconnues, attendre le début du spectacle en lisant la feuille de salle ou en discutant avec sa voisine, plonger dans une histoire, être surprise par ce qu’on me donne à voir, m’enthousiasmer et rire ou parfois m’ennuyer et bailler, se demander comment atteindre la sortie discrètement pour enfin y renoncer, écouter les conversations à la sortie, au bar du théâtre, les « j’ai rien compris » ou les « c’était génial », pouvoir apercevoir une des actrices assise à une table et ne pas oser aller lui dire qu’on l’a adorée… une sortie au théâtre, c’est un pack, c’est un tout, il y a l’avant et l’après qui alimentent le pendant, le transforment parfois, l’embellissent ou le distordent.

J’adore ce moment où le noir se fait, ce moment où j’ouvre tous mes sens prête à recevoir quelque chose, prête à aimer en fait, même si après, parfois, j’aime moins.

Ces moments si rares et précieux qui réunissent en même temps des corps dans un même espace, sur le plateau et dans le public, sont des moments qui disent l’amour ; une comédienne sur scène qui existe dans
le regard des autres, c’est un moment d’amour. Les applaudissements, ce sont des salves d’amour.
Aller au théâtre, c’est une manière de prendre soin de soi-même et des autres. C’est passer, à chaque fois, un moment d’exception car unique, un moment qui ne sera jamais le même ; c’est assister, en assez petit comité en somme, à un partage du sensible, à une vision des autres et du monde qui peut déranger, déstabiliser ; c’est un peu s’entrainer pour la vie – l’art est un exercice pour la vie a dit Robert Filliou –, comme on irait faire du sport une fois par semaine pour entretenir son corps et ses muscles.
Et quoiqu’il se passe sur scène, quoi qu’on me raconte ou comment on me le raconte, c’est toujours d’amour qu’il s’agit, de l’amour des autres, des histoires, des formes, du monde.

Les artistes du Grütli (et d’ailleurs) ont des tonnes d’amour à donner, elles n’attendent que vous pour que vous en soyez le réceptacle et que vous leur donniez en retour un signe, un sourire, une présence, gages d’amour éternel s’il en est.

Barbara Giongo

*Un très chouette festival soit dit en passant ; allez
au Tessin au début d’octobre pour ce festival, le Tessin est aussi une terre de culture, on l’oublie souvent !
Ici il y a des artistes qui travaillent, qui tentent de
ne pas fuir vers Milan pour y trouver refuge, l’Italie si proche où elles finissent par s’installer puisque les soutiens, au Tessin, font pâle figure au regard de ce qui est pratiqué en Romandie ou en Suisse allemande.
www.fitfestival.ch

** Au Grütli (mais dans d’autres lieux genevois aussi qui le pratiquent sur certaines soirées), l’argent ne doit pas être un obstacle puisque c’est Prix libre, de 0 à 100.–, selon vos envies et celles de votre portemonnaie.
Ceci se pratique depuis 1 année parce que, pour nous, l’accès au théâtre est pour toutes et pour chacune.

L’incidence positive ou négative sur les entrées ne modifie aucunement le cachet versé aux artistes, elles sont payées en totalité, quoiqu’il arrive.