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Scènes et bureaux – un pas de côté

Faire un pas de côté avec une personne proche du théâtre que nous invitons à écrire sur un sujet de son choix. Changer d’angle, élargir le champ ! Pour ce numéro, carte blanche à Danielle Chaperon, directrice
du Centre d’études théâtrales et professeure de littérature française à l’Université de Lausanne (UNIL), spécialiste des relations entre les sciences et la littérature.


Qu’est-ce qu’un théâtre ? De quels espaces publics ou non, administratifs, techniques ou scéniques est-il constitué ? Comment la machinerie de bureau peut-elle interagir avec la machinerie proprement créative ? Où le geste artistique peut-il s’installer ? La scène peut-elle être partout ? Les bureaux peuvent-ils être partout ? Ces questions se posent surtout dans les espaces théâtraux anciens ou dans ceux qui ont été installés un peu au chausse-pied dans des bâtiments dont l’affectation première était toute autre. Même si elles se posent également dans les théâtres neufs, précisément conçus, construits, fonctionnalisés comme une réponse aux pratiques scéniques contemporaines.
Car la force de débordement des récits performatifs et théâtraux est souvent irrépressible, et on se retrouve vite à inviter des spectatrices dans un bureau, derrière un rack de projecteurs au repos, dans un
corridor technique…
Il y a quelques années, lors d’une mise au concours du Théâtre de la Comédie (l’ancienne), une metteuse
en scène allemande avait déposé un projet qui renversait radicalement le destin des espaces de ce théâtre âgé de 100 ans. Elle pensait mettre tous les bureaux sur la scène (imaginez quel open space de luxe, tenu frontalement par un cadre de scène classé au patrimoine !) et laisser les actions artistiques s’infiltrer, se faufiler partout ailleurs dans la vieille maison des Philosophes : du théâtre, comme des plantes saxifrages, dans les loges, sur le balcon, le pigeonnier, parmi les rangées de sièges rouges, dans les bureaux, les dessous de scène, le dépôt de costumes, les caves d’archives, les escaliers, le grenier, les travées des pas perdus… Ce projet n’a pas été retenu.
Depuis qu’il est un Centre de production et de diffusion des Arts vivants, le Grütli a opéré un changement d’affectation un peu semblable. Très vite fatiguées de la coupure des liens humains et des pertes d’informations liées au fait que les bureaux de leur équipe étaient répartis entre le rez-de-chaussée, le premier et le deuxième étage du bâtiment, les deux directrices du lieu, Barbara Giongo et Nataly Sugnaux Hernandez, ont ramené presque tout le monde au 2e. Et elles ont laissé les espaces administratifs du 1er étage à des artistes et compagnies en résidence. Un geste qui faisait particulièrement sens durant les mois de pandémie.
Pour augmenter le nombre de mètres carrés administratifs au deuxième étage, la direction s’est installée
à l’arrière de la Salle du Haut : un lieu de représentation formé de deux espaces qui peuvent être réunis ou séparés par une immense porte coulissante. Pour créer un bureau, des parois ont été montées dans la petite partie de cette Salle du Haut qui regroupe dorénavant : une petite loge pour les artistes se produisant dans la grande partie de la Salle, le bureau de la direction, un espace de rangement technique ainsi qu’une espèce de petite cantine légère permettant également d’accueillir des réunions d’équipe. Le son circule de part et d’autre des parois du bureau qui ne montent pas jusqu’en haut du plafond, et à travers la porte coulissante qui isole la partie jeu de cette nouvelle surface mixte. Mais tout le monde joue le jeu. Ce qui se teste là semble fonctionner : dans cet espace circulant, semi-ouvert cohabitent le travail de plateau, le travail de bureau, la petite bricole technique et les ambiances de pause pour manger ou boire un café. Le but de cette métamorphose spatiale ? L’échange, la relation, la rencontre, l’ouverture, le brassage des fonctions et des responsabilités. Bref, une plus grande porosité de
toutes les activités qui activent une fabrique scénique. C’est une tentative pratique, un essai, pour tenter de faire vibrer mieux ce bâtiment qui n’a pas été construit pour être un théâtre.

Michèle Pralong