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Viviamo un’epoca buia

Dorothée Thébert & Filippo Filliger

Première annulation de ce mois de novembre, Dorothée Thébert & Filippo Filliger devaient nous présenter Lampedusa, un rocher de survie. Un carnet de voyage devenu spectacle à travers lequel les deux artistes nous racontent avec bienveillance le destin de nombreux réfugiés.

On ne discerne pas bien les contours
De ce qu’on a sous les yeux
Les formes sont floues
Le sens glisse entre nos doigts
On croyait tenir quelque chose et voilà qu’il nous échappe

On était venus ici
Pour essayer de comprendre
Saisir avec nos yeux
Ce que la distance nous cachait
Mais ici on ne voit rien

Les routes échouent dans l’horizon de la mer
Les pierres poussiéreuses résistent à garder l’empreinte
Les ruines n’abritent plus que les reflets du soleil
Les chiens errants nous poursuivent
Les ragazzi en quad nous visent avec des pistolets à eau
Les radars impriment des formes géométriques dans le vide
Le vent souffle, mais nous manquons d’air
Aucune âme qui vive

Et l’oeil de l’Europe est tourné vers le Sud
De ce côté-ci, personne ne prend garde
Aux bateaux échoués et déversés en tas
Décharge improvisée
À l’extrême pointe de l’île
Éloignée des regards
Pour ne pas perturber
Pour ne pas choquer
L’opulence qui s’affiche
En bermudas et coups de soleil

Alors on préfère effacer
Cacher
Rendre invisible
Les traces qui pourraient rappeler

Les indices qui pourraient évoquer
Et on commence à dire tout haut
Les mots qu’avant,
on se devait de taire

Maintenant que la parole s’est libérée
Que le plus fort a bien raison
On peut le crier
L’afficher sur les murs
Que ces histoires de migration commencent à nuire
À l’île et à son développement
ME NE FREGO !
J’en ai rien à foutre !
Rien à branler !
Rien à battre !
Aujourd’hui, c’est le déni qui assassine
Le refus de voir
Une autre manière de faire disparaître

Le regard de l’aveugle est le seul
Porté sur l’autre

Alors Lampedusa devient le lieu
Où se respire le crépuscule de l’Occident
Et le lever d’une aube nouvelle
À Lampedusa, on assiste à l’accouchement
de la nouvelle humanité
Et nous, nous sommes là
Nous regardons
Nous observons
Et écrivons.

Lampedusa, isola dei fantasmi
Pas un souffle
Mais un cri en signe d’alerte
La mémoire se meurt

Alors la nuit
Quand le vent est tombé
Que la chaleur de la roche ne réchauffe plus
Une bourrasque s’engouffre dans notre chambre
Horde de fantômes qui se rappellent à nous
Ils nous soufflent de nous souvenir
Ils nous exhortent à les regarder en face
Déposer nos yeux dans leurs yeux
Les accueillir en disant « tu »
Leur prêter un sein pour les nourrir
Ils exigent de nous
Un exercice de tendresse

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