De quoi les scènes du Grütli sont-elles le nom?
Un lieu où l’on fabrique des spectacles : ils y sont pensés, élaborés, mis en chantier bien avant d’arriver sur le plateau. Car un spectacle commence toujours en amont : trouver des partenaires, des financements, des créatrices et créateurs, des comédiennes et comédiens, des techniciennes et techniciens… Chaque projet enclenche une mécanique administrative : contrats, assurances, factures. Puis vient le plateau : on répète, on essaie, on recommence. Enfin, on joue. Le plus souvent trois semaines, car un spectacle nouveau doit être accompagné, éprouvé, rodé. Ensuite, dans le meilleur des cas, il part en diffusion, vit ailleurs, poursuit sa route. Et c’est là que la question se pose : nos mots et nos imaginaires ont-ils encore un poids ?
Aux Scènes du Grütli, il y a du théâtre, de la danse, de la performance : des formes nées dans l’esprit et le cœur d’artistes d’ici, mais aussi d’ailleurs. Parfois un mélange de disciplines, car l’art s’est toujours nourri des autres pratiques. Nous aimons les œuvres d’aujourd’hui – qui parlent du présent, qui scrutent le monde avec humour, ironie, lucidité. Qui le malaxent et le triturent, pour que nous en sortions transformées et transformés, enthousiasmées ou ennuyés, mais jamais indifférent·es. C’est cela, Les Racines du ciel : chercher encore l’endroit fragile où s’entrelacent chute et éblouissement, matière et mystère.
Nous faisons aussi bien d’autres choses aux Scènes du Grütli. Des artistes viennent y travailler dans quatre espaces : deux salles, le Gueuloir, la Terrasse. Elles et ils y sont accueillies et accueillis en résidence, comme chez soi, pour inventer, chercher, se ressourcer. Car être artiste, c’est un travail constant, qui a besoin de soutien, de regards complices, d’un lieu où poser ses bagages, partager un repas. Être artiste, c’est aussi résister à la logique implacable du rendement et du contrôle, et se donner un point d’appui – ce Nowhere ?, ce nulle part du jeu, où nos imaginaires peuvent encore respirer.
La Maison des Arts des Scènes du Grütli est aussi un passage, un fourmillement. Ça danse dans les studios, ça pianote sur des claviers, ça dessine et sculpte dans les ateliers, ça projette des films, ça se restaure au café. On peut y trouver refuge un jour de pluie, ou la traverser en courant entre deux trams. C’est un lieu où les récits reprennent forme à hauteur d’yeux, où le temps se suspend le temps d’une représentation, où les corps doutent, tremblent, vibrent – Écho minéral, Orlando, Corps incorruptibles – pour redire notre humanité.
Chaque lundi, le foyer de la Scène du Haut s’ouvre à qui en a besoin : travailler, poser une question, résoudre un problème, se réunir. C’est le Bureau des Compagnies, ouvert à toutes et tous. On y trouve Marc, Pauline, Donatien, Àdria, Aurélie, Marilù, Laura, Tamara ou Julien : disponibles pour donner un coup de main, transmettre un conseil, partager une expérience.
Et il y a aussi les moments collectifs : lectures, tables rondes, discussions. Parce qu’un théâtre est un lieu de vie, un espace protégé où rencontrer des personnes extraordinaires pour des instants qui prolongent le spectacle, l’amplifient ou le dynamitent. Sans oublier les fêtes improvisées, les concerts déjantés, les soirées qui s’éternisent… Ces moments où l’art n’est pas un luxe, mais une nécessité.
Bref : les Scènes du Grütli, un lieu de création et de vie, ouvert à toutes et tous. Un lieu où l’on peut encore croire que la beauté, la lenteur, le rêve, la tendresse – tout ce qui semble inutile – sont peut-être ce qui nous sauvera. Un lieu à aimer et à habiter sans modération. Parce qu’ici, c’est chez vous. Et parce qu’ici, nous en sommes convaincues et convaincus : nos mots et nos imaginaires ont encore un poids.